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La violence machiste, un sujet de campagne

Le 7 novembre, l’Espagne a accueilli la plus grande marche contre les violences faites aux femmes jamais menée dans le pays. Des dizaines de milliers de personnes se sont mobilisées à l’appel des collectifs féministes espagnols, unis dans un seul but : faire de la violence machiste une question d’État.

« À Cordoba, un homme tue sa compagne de 28 ans à coups de fusil« , titre El Mundo. « Deux femmes meurent après avoir été fusillées près de Valencia« , indique Público. Quelques heures plus tôt, les bouches de métro vomissaient un flot continu de manifestants. Hommes, femmes, jeunes, vieux. Bientôt, une marée violette envahit les rues de Madrid. Des slogans retentissaient dans les rues de Madrid, repris en coeur par un cortège de femmes derrière des banderoles. « Si tu en touches une, tu nous touches toutes« , « nous ne sommes pas seules, il manque les mortes« . Dans leurs mains, des fleurs violettes, ou des photos de femmes massacrées.
En Espagne, la violence envers les femmes est un vrai sujet de société : d’après le manifeste publié par le mouvement féministe à l’origine de l’événement, depuis 1995, 1 378 femmes ont été assassinées par le « terrorisme machiste », dont 70 pour l’année 2015. Pour le gouvernement espagnol, en 2015, elles seraient 48 à avoir perdu la vie sous les coups de leur compagnon ou ex-compagnon.

Une question d’État

La principale revendication des groupes féministes mobilisés lors du 7N réside dans l’application réelle la loi espagnole de 2004, pourtant pionnière en Europe, sanctionnant les violences conjugales, et son élargissement à tous types de violence faite aux femmes.
Elle institue des mesures d’aide et d’assistance aux victimes, tels que la réduction du temps de travail, l’octroi de pensions d’incapacité, la possibilité de mobilité géographique, le durcissement des peines encourues, ou encore des aides financières pour les femmes victimes directes disposant de faibles ressources.

Mais plus que de rappeler leurs droits aux victimes, la marche du 7N est surtout l’occasion de faire des violences machistes « une question d’État » : en cause, les coupes budgétaires systématiques orchestrées par le Parti Populaire dans les finances publiques, notamment dans les fonds destinés spécifiquement à la lutte contre les violences machistes. Et une façon, en pleine période de pré-campagne, d’obliger les partis dans la course à intégrer des solutions dans leur programme.

« Nous exigeons un engagement de tous les partis présents à la marche », soutient Noelia Landete, porte-parole du mouvement féministe. « Nous demandons par exemple la création d’une alerte, identique à celle émise en cas d’attentats, quand des femmes sont en danger. »

Podemos et son « pacte
contre les violences machistes »

Dans une lettre envoyée aux différents partis, le 24 novembre, Pablo Iglesias propose quatre mesures « d’urgence ». Également signé par Victoria Rosell, juge et candidate à Las Palmas, et par Clara Serra, responsable de l’égalité à Podemos, le pacte propose d’abord de « renforcer le budget et d’évaluer l’impact des lois » existantes. Il évoque ainsi la création d’un « budget fixe et inaliénable, qui devra être accordé par le prochain gouvernement« . Podemos propose également le maintien des compétences des mairies concernant l’aide aux victime, compétences qui devraient être supprimées lors de l’entrée en vigueur de la réforme locale, le 31 décembre 2015, votée par le Parti Populaire.

La troisième proposition du pacte, Podemos l’a déjà soumise aux Parlements de régions : garantir un logement pour chaque victime, « de façon à rendre indépendantes les femmes de victimes de violences » notamment les violences conjugales, et de leur permettre de « dénoncer son auteur« . Enfin, le parti violet demande aux autres partis de « respecter les conventions internationales« , en référence à la Convention d’Istanbul pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, ratifié par l’Espagne en 2011. « Pour respecter nos engagements internationaux, en plus d’inclure la protection des mineurs, nous devons cesser de réduire le concept de violence machiste aux seules violences conjugales, et adapter notre législation pour prendre en compte toutes les formes de violences faites aux femmes. »

Les promesses des partis en lice


 

À GAUCHE

iglesias rond

 

Podemos a invité tous ses sympathisants à participer à la marche. Pablo Iglesias était présent en tête du cortège Podemos, accompagné des figures du parti Íñigo Errejón et Clara Serra.

 

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Le Parti socialiste (PSOE) a également été l’un des premiers partis à répondre présent. Son candidat Pedro Sánchez, présent lors de la manifestation, a affirmé « mettre en place un grand pacte social et politique » contre les violences faites aux femmes, s’il remporte les élections du 20D.

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Izquierda Unida (IU) était présent à la marche par le biais de son leader Alberto Garzón. Si le parti n’a pas adopté de programme clair concernant la lutte contre les violences machistes, Garzón a affirmé que le sujet devait devenir « une question d’État ».

À DROITE

rajoy rondLe Parti Populaire (PP) n’a pas souhaité soutenir la marche du 7N, principalement car les collectifs ayant appelé à la mobilisation mettaient directement en cause les mesures du gouvernement de Rajoy. Au dernier moment, le parti au pouvoir a confirmé la présence d’Andra Levy, vice-secrétaire du PP. Au niveau régional, plusieurs députés du PP ont émis des propositions pour renforcer la protection des victimes, mais aucune proposition nationale officielle n’a été faite par le parti.

rivera rondCiudadanos (C’s), qui a d’abord refusé de participer à la mobilisation, a finalement été représenté par la conseillère Begoña Villacís. Au même moment, le leader du parti Albert Rivera était à Cadix pour présenter son programme électoral. Le parti a par ailleur annoncé vouloir « une autre loi pour les violences machistes ». Selon Ciudadanos, 80% des femmes assassinées n’ont pas porté plainte : « il faut une meilleure politique sociale, et plus de sensibilisation à l’école » a indiqué Patricia Reyes, numéro cinq de la liste à Madrid pour les élections du 20D.