« Une nouvelle Espagne est née »

Les élections du 20 décembre ont confirmé la fin du bipartisme en Espagne, et l’entrée au gouvernement de Podemos et Ciudadanos. Le soir des résultats, bien que déçus de n’avoir pu détrôner les partis traditionnels, les votants du parti de Pablo Iglesias se sont réunis Plaza de la Reina Sofia pour célébrer le début d’une nouvelle ère.

Au siège de Podemos, dans l’ouest de Madrid, les cris des militants viennent ponctuer les résultats qui défilent sur les écrans au fil des minutes. Peu après 20 heures, un sondage de la TVE (télévision espagnole) place le parti violet en deuxième position en nombre de voix, derrière le Partido Popular. L’euphorie est de courte durée : à l’annonce des premiers résultats officiels, Podemos repasse derrière le Parti socialiste. Mais quand le leader de la formation prend la parole, pas question de parler de la déception : “Aujourd’hui, une nouvelle Espagne est née. Une Espagne qui met fin au système du bipartisme et qui inaugure une nouvelle étape politique.”

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Si les partis traditionnels terminent encore en tête, la percée de Podemos avec 20,7% des voix et 69 sièges au Parlement prouve que l’ère du bipartisme est bien révolue. La “remontada” en marche depuis une dizaine de jours n’aura pas suffit à dépasser le PSOE, mais elle l’aura au moins bien affaibli : le parti socialiste réalise le pire score de son histoire, avec près d’1,4 million d’électeurs de moins qu’en 2011.

La formation d’un gouvernement va être compliquée. Le Partido Popular, qui a perdu sa majorité, ne peut plus gouverner seul. Il lui faudra au moins compter sur le soutien de Ciudadanos. En face, le PSOE devra également former une alliance avec Podemos et Izquierda unida. Mais le calcul s’annonce difficile, puisque ni l’alliance PP-Ciudadanos, ni le bloc de gauche PSOE-Podemos-IU n’arriveraient à eux seuls à la majorité absolue : ce sont les petits partis basques et catalans qui vont peser dans la balance.

“L’Histoire nous appartient”

Sur la place de la Reina Sofia, emblématique de Podemos, les militants avaient du mal à cacher leur émotion, partagée entre joie et déception. Au fur et à mesure du dépouillement, qui creusait l’écart entre le PSOE et Podemos, l’espoir semblait s’essouffler. Quand à une heure du matin, Iglesias fait son entrée sur scène en courant, aux côtés d’Iñigo Errejón, Carolina Bescansa, ou encore Juan Carlos Monedero, il lui suffit pourtant de lever le poing pour réveiller la foule. Tous entonnent des “si, se puede!” en coeur, les larmes aux yeux, comme pour réaliser qu’ils vivent, malgré tout, un moment historique.

Devant une place noire de monde, Pablo Iglesias termine son discours sur un avenir qu’il va falloir construire, reprenant Salvador Allende : “l’Histoire nous appartient, c’est le peuple qui la fait”. Bras dessus bras dessous, toute l’équipe entonne “A Galopar”, l’hymne des républicains pendant la guerre civile. Cette nuit là, jusque dans le métro, on pouvait entendre chanter “le peuple uni ne sera jamais vaincu” et crier “si, se puede”. Podemos n’a peut-être pas gagné les élections dimanche, mais son leader ne s’était pas trompé : “la rue est entrée au Parlement espagnol”.